La méthode Delphi est une technique de communication structurée développée à l’origine comme une méthode de prévision systématique et interactive basée sur un panel d’experts. Retrouvez d’autres informations sur la méthode Delphi ici.

« La méthode Delphi est un outil de prospective qualitative et qualitative, consistant en une agrégation d’opinions (d’experts). Il s’agit d’une méthode systématique d’interrogation formelle par questionnaire utilisant le jugement intuitif et la connaissance d’un panel géographiquement dispersé, utilisée pour faire des prévisions en exprimant des opinions rationnelles sur des questions où il n’y a pas de réponse absolue »- Ieroncig, 1983

Les applications de cette méthode sont multiples, selon le domaine – médecine, psychologie, sciences de l’éducation, gestion, économie, sciences sociales, etc. – ou selon l’objectif du questionnaire : innovations technologiques, anticipation d’un marché ou d’une tendance, prospection stratégique, gestion participative, conception participative, etc.

Les principales caractéristiques de la méthodologie

La méthode Delphi prend généralement la forme d’un questionnaire écrit. Elle permet une consultation et un débat anonymes et indépendants, évitant ainsi les pièges des confrontations directes, tant sociales (par exemple les relations de pouvoir dans un groupe) que pratiques (activité qui prend du temps, surtout lorsqu’il s’agit de participants géographiquement dispersés). Les réponses ne sont visibles que pour le modérateur et non pour les participants, afin d’éviter les préjugés d’auto-modération.

En résumé, la méthode permet une consultation itérative d’experts et/ou de parties prenantes, sous forme écrite, dans le but d’obtenir une réponse de plus en plus consensuelle (le but ultime étant de se rapprocher d’un consensus entre les experts). Les experts, allant d’une douzaine à des centaines de personnes, sont invités, au fil des tours (2, 3 ou plus) à se positionner par rapport à une question en fonction des réponses des autres participants. Toutes les réponses sont basées sur le principe de l’anonymat et de l’indépendance de jugement. La présentation des questions peut varier : il peut s’agir de questions ouvertes et/ou fermées (qualitatives et/ou quantitatives).

Consensus / dissension

La méthode a été conçue pour encourager le consensus sur des thèmes spécifiques tels que la fixation de priorités, la prospective technologique ou les décisions concernant certaines questions techniques ou médicales. Plus précisément, la méthode Delphi crée des conditions favorables à une convergence d’opinions, tout en permettant de discerner clairement les points de dissension. L’étude de ces derniers est importante, car elle légitime la méthode et conduit souvent à redéfinir le problème initial, ce qui conduit à nouveau à un consensus. Par ailleurs, la caractéristique essentielle de la méthode Delphi est son processus de retour d’information contrôlé à travers plusieurs cycles.

Plusieurs cycles et rétroaction contrôlée

Contrairement aux enquêtes classiques, la méthode Delphi consiste en une consultation itérative et interactive : un panel de participants est consulté au cours de plusieurs tours, et à chacun de ces tours, le panel reçoit les résultats du tour précédent. Ils se positionnent à nouveau par rapport aux résultats précédents (processus de feedback contrôlé). En plus de donner leur avis, les participants doivent fournir un retour d’information supplémentaire pour justifier leurs réponses. Il est également important de préserver l’anonymat des répondants. En combinant des questions fermées (par exemple à choix multiples) et des questions ouvertes, la méthode Delphi produit des résultats à la fois quantitatifs et qualitatifs.

Quand l’utiliser ?

En tant que processus didactique, la méthode Delphi a été conçue pour offrir les avantages du partage et de l’échange d’opinions, afin que les personnes interrogées puissent découvrir les opinions des autres, sans l’influence excessive des confrontations visuelles (qui sont généralement dominées par ceux qui parlent avec puissance ou qui ont le plus de prestige). Cette technique permet aux participants de traiter un problème complexe de manière systématique. Au cours de chaque tour, les informations pertinentes sont partagées et enrichissent les connaissances des membres du panel. Ils sont alors en mesure de formuler des recommandations basées sur des informations plus complètes.

Généralement, une ou plusieurs de ces caractéristiques nécessitent l’utilisation de la méthode Delphi :

Subjectivité du sujet : le problème n’est pas adapté à des techniques d’analyse précises mais peut tirer parti de jugements subjectifs sur une base collective.

Nécessité de faire participer des personnes d’horizons différents : les personnes qui doivent participer à l’examen d’un problème important ou complexe peuvent manquer d’expérience en matière de communication et avoir des carrières, des compétences et des connaissances différentes.

Contraintes logistiques : les participants sont trop nombreux pour interagir efficacement dans un échange en face à face.

Nécessité de se préparer avant une réunion : l’efficacité des réunions en face à face peut être renforcée par un processus de communication collective supplémentaire. En tant qu’outil de décision, la méthode conduit implicitement ou explicitement à la création d’un consensus sur les résultats du processus (choix, recommandations, avis ou plans d’action).

Nécessité d’une acceptabilité sociale des décisions : les désaccords sont si importants ou politiquement inacceptables que le processus de communication doit être arbitré et/ou l’anonymat doit être garanti. La procédure peut également viser à sensibiliser collectivement le public, ainsi que les experts universitaires, les industriels ou les organismes publics.

Collecte d’une pluralité d’opinions : l’hétérogénéité des participants doit être préservée afin de garantir la validité des résultats, c’est-à-dire afin d’éviter toute domination imposée par un grand groupe ou par une forte personnalité. L’émergence de la plus grande diversité d’opinions possible est favorisée ainsi que la prise de conscience de la convergence et/ou de la divergence de ces opinions.

Exploration des scénarios possibles : la participation favorise la réduction de l’incertitude et facilite la prise de décision dans des contextes complexes et/ou incertains. Les acteurs associés au panel sont mobilisés autour de scénarios futurs possibles et souhaitables. Ils peuvent les co-construire, ou se positionner par rapport à des futurs prédéfinis, en se projetant en leur sein pour établir un plan d’action. La méthode permet d’organiser le passage de la réflexion collective à l’action commune, par la définition et la coordination d’une action concertée.